REVENIR N'EST
PAS UN VERBE
Revenir n’est pas un verbe est un projet de création artistique, d’archive vivante et de transmission. Il explore les notions d’exil, de déplacement, de mémoire, de vulnérabilité et de création à travers cinq dispositifs complémentaires : un spectacle-performance, un film hybride, un livre-dossier, des ateliers pédagogiques et une exposition performative.
Origine et contexte
Initié en 2022 en France, le projet se construit comme un terrain en construction. Il se développe avec des artistes réfugié·es, à travers des résidences et des occupations de l’espace public. Chaque lieu d’accueil devient un espace temporaire de recherche et d’activation, se transformant au contact du territoire et de celles et ceux qui l’habitent.
Contraint de quitter le Brésil après avoir été menacé et poursuivi en raison de son travail artistique et militant autour du VIH, Órion Lalli commence à documenter sa propre disparition potentielle. Filmer, archiver, écrire deviennent des gestes de protection. De cette urgence naît un projet qui interroge la survie, la création et la mémoire dans un contexte de vulnérabilité extrême.
Le premier cycle, en 2022, s’appuie sur la méthode d’improvisation Champ de Vision, développée par le théâtrologue brésilien Marcelo Lazzaratto. Cette pratique considère le corps comme un espace de mémoire, où la relation à l’autre et au regard extérieur produit la scène.
Les terrains en construction activés par le projet matérialisent les frontières visibles et invisibles : précarité, statut migratoire, régimes de contrôle social. Ils ouvrent des espaces pour réinventer la manière d’habiter un territoire lorsque celui-ci devient instable.



Dispositif mobile – Habiter le trajet
Spectacle / Performance
À partir de 2026, Revenir n’est pas un verbe adopte une forme mobile. Órion Lalli vit et travaille dans son véhicule, une Peugeot 208, qui devient à la fois espace de vie, atelier, poste d’observation et dispositif performatif. Cette condition n’est pas symbolique : elle détermine la méthode. Habiter le déplacement permet d’ouvrir, dans chaque ville traversée, un nouveau terrain en construction. Le projet s’y transforme, dialogue avec le territoire, rencontre des publics et produit de nouvelles traces.
Le spectacle en création condense cette trajectoire dans une forme légère et autonome, adaptable à l’espace public, aux établissements scolaires, aux théâtres, aux centres d’art et aux bibliothèques.
Au cœur du dispositif se trouve un cirque miniature présenté dans une malle, inspiré de la tradition brésilienne du théâtre Lambe-Lambe. Cette forme populaire, conçue pour être transportée facilement et jouée dans des contextes variés, favorise une relation de proximité directe avec le public.
Le cirque miniature dialogue avec le texte Rapport à une Académie de Franz Kafka. Le récit du singe qui apprend à adopter les comportements humains pour survivre fait écho aux processus contemporains d’adaptation, d’intégration et de domestication sociale. L’apprentissage d’une nouvelle langue, l’appropriation de codes culturels et la transformation des gestes quotidiens deviennent matière scénique.
Dolores, marionnette hybride créée en 2019 avec le père de l’artiste, transporte le cirque miniature. Elle devient figure du déplacement et de la persistance. Cette marionnette incarne l’histoire de l’artiste, son expérience du déplacement forcé et la traversée de la maladie d’Alzheimer dans sa famille, notamment chez sa grand-mère. Elle porte la mémoire, la fragilité et l’oubli, faisant dialoguer mémoire intime et disparition des archives collectives.
"Au moment où j’ai compris que je n’étais plus en sécurité dans mon propre pays, j’ai commencé à enregistrer. J’ai filmé les persécutions de l’État, les violences du cis-tème, la censure. Je documentais déjà ma propre urgence. Le témoignage devenait ma seule protection, la base même de ma création." Órion Lalli




Film hybride - Revenir n’est pas un verbe
Le film, qui porte le même nom que le projet, est une œuvre en cours mêlant documentaire, performance et vidéo-art. Il documente l’ensemble du processus : l’exil, la vie quotidienne, les performances, les archives et la création.
Filmer est devenu un dispositif de survie. Face aux persécutions subies de la part de l’État brésilien, enregistrer a été une manière de rester en vie, de produire des preuves, de ne pas disparaître.
Le film naît de l’urgence de documenter un processus d’expulsion politique marqué par la montée de la religiosité institutionnelle au Brésil, son ingérence dans les politiques culturelles, la prolifération des discours de haine et les mécanismes de censure. La caméra agit à la fois comme témoin et comme bouclier.
Bien qu’ancré dans des faits réels, le film ne se structure pas comme un documentaire traditionnel. Il est hybride par nature. Les performances et vidéoperformances réalisées au cours du départ du Brésil, de la demande d’asile et de l’installation en France ne cherchent pas à illustrer les événements, mais à les traverser, produisant du langage là où la parole ne suffisait plus.
Le véhicule habité devient également matériau filmique : espace de vie, de travail et d’archive en mouvement. Le film agit comme une archive vivante, transformant l’expérience personnelle de l’exil en œuvre artistique. Sa durée prévisionnelle est d’environ 70 minutes.
Pratiques de transmission – Ateliers pédagogiques
Les pratiques de transmission prennent la forme d’ateliers pédagogiques qui partagent la méthode Champ de Vision, ainsi que des processus de création à partir de matériaux recyclés. Ces ateliers prolongent la logique du chantier en permettant aux participant·es d’expérimenter la relation entre corps, mémoire et espace. Ils s’adressent à tous les publics et ne requièrent aucune formation artistique préalable.
Les rencontres s’appuient sur la méthode Champ de Vision développée par Marcelo Lazzaratto, un exercice de création scénique fondé sur la présence et l’improvisation. Órion Lalli y explore la manière dont l’expérience du déplacement forcé traverse le corps, transforme le répertoire physique et reconfigure les relations entre l’individuel et le collectif.
Les ateliers s’articulent autour de questions simples et fondamentales : qu’est-ce que l’exil produit dans le corps ? Comment la perte du territoire, de la langue et de la stabilité s’inscrit-elle physiquement ? Comment le corps conserve-t-il des mémoires qui ne trouvent pas de langage verbal ? Et de quelle manière ces traces peuvent-elles être partagées, élaborées et transformées en action collective ?
Le travail se développe à partir de pratiques corporelles accessibles, d’exercices de présence, d’écoute et de composition, dans lesquels le corps est envisagé comme un espace de mémoire et un outil de pensée. L’accent n’est pas mis sur la technique, mais sur l’expérience : la manière dont chaque corps arrive, occupe l’espace, observe, réagit et entre en relation avec les autres.
Livre-dossier
Où dois-je garder la clé de la maison ? (édition française)
Conçu en contexte de refuge, bien qu’imprimé au Brésil et initialement publié en portugais, le livre est une œuvre née en exil.
La première édition a été réalisée comme livre d’artiste, en tirage extrêmement limité (24 exemplaires). Dès l’origine, il n’a pas été pensé comme un objet commercial, mais comme un dispositif de circulation, de partage et de préservation de la mémoire.
L’édition française, intitulée Où dois-je garder la clé de la maison ? articule écriture littéraire et performative avec des archives brutes : lettres, documents officiels, décisions administratives, traces de censure, photographies, images, coupures de presse et matériaux divers. L’organisation n’est pas linéaire ; la lecture devient une expérience physique, fragmentée et active.
Un exemplaire est resté au Brésil avec une fonction spécifique : circuler comme bibliothèque communautaire. Aucune médiation institutionnelle ne régule ce parcours. Chaque lecteur décide comment, quand et à qui transmettre le livre. La circulation devient ainsi constitutive de l’œuvre.
D’autres exemplaires ont intégré des collections publiques et privées. Un exemplaire fait partie du fonds rare et spécial de la Bibliothèque Mário de Andrade à São Paulo, et un autre est conservé à la Bibliothèque des Arts de l’Université d’État de Campinas (UNICAMP). Ces dépôts assurent la préservation institutionnelle du travail sans interrompre sa logique politique de circulation.
Dans sa version française, Où dois-je garder la clé de la maison ? s’affirme comme l’axe documentaire de Revenir n’est pas un verbe : une archive de survie conçue en exil et destinée à circuler internationalement dans des institutions culturelles, des universités et des contextes de recherche consacrés à la migration, aux droits humains et aux pratiques artistiques contemporaines.

résumé
Exposition-performance – OUTLET $IDA + œuvres corrélées
L’exposition constitue l’un des dispositifs activables de Revenir n’est pas un verbe. Elle peut être présentée de manière autonome ou en articulation avec le spectacle, le film, les ateliers et le livre-dossier.
Au centre de cette proposition se trouve OUTLET $IDA, une exposition-performance de longue durée consacrée aux régimes contemporains de visibilité, de contrôle et de marchandisation des corps vivant avec le VIH.
L’exposition peut également intégrer des œuvres réalisées au Brésil et en exil, présentées non pas comme une rétrospective, mais comme des éléments activés dans la continuité du projet :
-
La Dernière Cène ou le baiser de Judas — vidéo-performance d’adieu réalisée avant le départ du Brésil, marquant symboliquement la rupture avec le territoire d’origine.
-
DIEU A LE $IDA — installation présentée à Marseille, qui interroge la religiosité institutionnelle, la culpabilisation morale liée au VIH et les discours conservateurs ayant contribué au contexte de persécution.
Ces œuvres dialoguent avec OUTLET $IDA et prolongent la réflexion sur le contrôle des corps, la foi, la morale, la stigmatisation et les politiques de visibilité.
L’espace d’exposition est transformé en un supermarché fictif, inspiré des commerces populaires brésiliens. Les étagères présentent des produits symboliques liés au corps, au VIH, aux traitements antirétroviraux, au contrôle médical, à l’hygiène et à l’économie de la survie.
Ce qui est exposé ne relève pas uniquement de l’objet : ce sont des fragments d’intimité matérialisés sous forme de marchandises. Le dispositif met en tension l’espace privé et l’espace public, la vulnérabilité et la consommation, la survie et le marché.
Pendant toute la durée de l’exposition, l’artiste occupe le lieu en tant que travailleur-performeur. Il active l’installation par des gestes ordinaires : se brosser les dents, prendre un comprimé, se changer, nettoyer, organiser les rayons. Chaque geste devient produit. Chaque action devient acte de consommation symbolique.
Le corps lui-même devient vitrine et marchandise. L’installation interroge :
-
la marchandisation des corps, en particulier des corps séropositifs et migrants ;
-
la spectacularisation de l’intimité ;
-
les dispositifs pharmaceutiques et médicaux de surveillance ;
-
les systèmes sociaux qui normalisent, contrôlent et hiérarchisent les existences.
Le supermarché fonctionne comme une extension du corps de l’artiste et comme miroir d’autres corps quotidiennement exposés, négociés, dévalués ou rendus invisibles. La question centrale de l’œuvre peut se formuler ainsi : à quel moment le corps cesse-t-il d’exister comme sujet pour fonctionner uniquement comme produit ?


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Órion LALLI

(1994, São Paulo, Brasil) est un artiste pluridisciplinaire actuellement installé en France. Depuis 2005, sa recherche se concentre sur les intersections et les influences entre danse-théâtre et performance art. Présenté en Amérique latine et en Europe, son travail articule corps, image, écriture et archive, à la croisée des arts visuels, des arts de la scène et de l’audiovisuel.
En 2021, il participe au webinaire Speaking Truth to Power: Religious or Belief Minority Artists, Voice and Protest, organisé par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) en partenariat avec l’organisation danoise Freemuse.
La même année, il prend part à la Safe Havens Conference, organisée par Safe Havens (SH|FT) et Freedom Talks.
Dans le champ académique, il débute ses recherches à la Faculté de Communication, Arts et Design (FCAD) à São Paulo avec le projet (Per)Forming – À la recherche d’un savoir corporel dans l’état d’Être, à partir duquel il fonde la Résidence Per(for)m Artistes, un espace mensuel de partage et d’expérimentation artistique. Au Centre des Arts Célia Helena, il développe la recherche Regarder l’œil qui regarde le rien, proposant un spectacle destiné aux publics non-voyants, inspiré de légendes autochtones.


"Cette bière n'est pas une vraie bière, bien que cela soit peut-être compensé par le fait que ces cigares ne sont pas non plus de vrais cigares - mais votre passeport, ça doit être un passeport. Sinon, ils ne vous laisseront pas entrer."
Dialogues d’exilés, Bertolt Brecht
