REVENIR N'EST
PAS UN VERBE
Revenir n’est pas un verbe est un projet de création artistique, d’archive vivante et de transmission. Il explore les notions d’exil, de déplacement, de mémoire, de vulnérabilité et de création à travers cinq dispositifs complémentaires : un spectacle-performance, un film hybride, un livre-dossier, des ateliers pédagogiques et une exposition performative.
Origine et contexte
Initié en 2022 en France, le projet se construit comme un terrain en construction. Il se développe avec des artistes réfugié·es, à travers des résidences et des occupations de l’espace public. Chaque lieu d’accueil devient un espace temporaire de recherche et d’activation, se transformant au contact du territoire et de celles et ceux qui l’habitent.
Contraint de quitter le Brésil après avoir été menacé et poursuivi en raison de son travail artistique et militant autour du VIH, Órion Lalli commence à documenter sa propre disparition potentielle. Filmer, archiver, écrire deviennent des gestes de protection. De cette urgence naît un projet qui interroge la survie, la création et la mémoire dans un contexte de vulnérabilité extrême.
Le premier cycle, en 2022, s’appuie sur la méthode d’improvisation Champ de Vision, développée par le théâtrologue brésilien Marcelo Lazzaratto. Cette pratique considère le corps comme un espace de mémoire, où la relation à l’autre et au regard extérieur produit la scène.
Les terrains en construction activés par le projet matérialisent les frontières visibles et invisibles : précarité, statut migratoire, régimes de contrôle social. Ils ouvrent des espaces pour réinventer la manière d’habiter un territoire lorsque celui-ci devient instable.



Dispositif mobile – Habiter le trajet
Spectacle / Performance
Dispositif mobile – Habiter le trajet
Spectacle / Performance




Film hybride
Revenir n’est pas un verbe
Le film, qui porte le même nom que le projet, est une construction en cours qui mélange documentaire, performance et vidéo-art. Il documente directement le projet lui-même, incluant toutes ses dimensions : l’exil, la vie quotidienne de l’artiste, les performances, les archives et le processus créatif. Enregistrer l’exil comme forme de protection. Face à la persécution subie par Órion Lalli de la part de l’État brésilien, le geste de filmer est devenu un dispositif de survie. Enregistrer a été une manière de rester en vie, de produire des preuves, de ne pas disparaître.
Le film naît de l’urgence de documenter un processus d’expulsion politique, traversé par la montée de la religiosité institutionnelle au Brésil et par son ingérence directe dans les politiques culturelles, les discours de haine et les mécanismes de censure. Dans ce contexte, la caméra opère à la fois comme témoin et comme bouclier.
Bien qu’il prenne appui sur des événements réels, le film ne s’organise pas comme un documentaire traditionnel. Il est hybride par nature. Tout au long du parcours de sortie du Brésil, de la demande d’asile et de l’installation provisoire en France, des performances et des vidéoperformances ont été conçues et enregistrées comme des réponses directes à la violence vécue. Ces actions n’illustrent pas les faits, mais les traversent, produisant du langage là où la parole ne suffisait plus.
Le véhicule habité, utilisé comme dispositif dans l’exposition à La Fab, devient également matériau filmique. Il est filmé comme espace de vie, de travail et d’archive en mouvement, illustrant la persistance et la condition réelle de l’artiste. Le trajet envisagé vers l’Égypte s’inscrit comme horizon conceptuel et narratif, renforçant l’idée de circulation et de frontières visibles et invisibles.
Le film agit comme une archive vivante, rare par sa capacité à transformer l’expérience personnelle de l’exil et de la persécution en œuvre artistique. Il témoigne de la violence subie, de la persécution politique et des défis quotidiens liés à l’isolement et à la marginalisation.
Le teaser déjà réalisé sert de base de travail et de démonstration de ce processus et explore en permanence différents régimes de l’image — documentaire, performance, vidéo-art et installation — pour une durée prévisionnelle d’environ 70 minutes.
Pratiques de transmission événements et engagements sociaux
Les pratiques de transmission de Revenir n’est pas un verbe se matérialisent à travers une édition de quatre ateliers, organisés tout au long du mois de décembre. Les ateliers sont ouverts au public et ne requièrent aucune formation artistique préalable.
Les rencontres partagent la méthode Champ de Vision de Marcelo Lazzaratto, un exercice de création scénique. Órion Lalli y explore la manière dont l’expérience du déplacement forcé traverse le corps, modifie le répertoire physique et reconfigure les relations entre l’individuel et le collectif.
Les ateliers s’articulent autour de questions simples et fondamentales : qu’est-ce que l’exil produit dans le corps ? Comment la perte de territoire, de langue et de stabilité s’inscrit-elle physiquement ? Comment le corps conserve-t-il des mémoires qui ne trouvent pas de langage verbal ? Et de quelle manière ces traces peuvent-elles être partagées, élaborées et transformées en action collective ?
Le travail se développe à partir de pratiques corporelles accessibles, d’exercices de présence, d’écoute et de composition, dans lesquels le corps est envisagé comme un espace de mémoire et un outil de pensée. L’accent n’est pas mis sur la technique, mais sur l’expérience : la manière dont chaque corps arrive, occupe l’espace, observe, réagit et entre en relation avec les autres.
Champ de Vision propose un déplacement du regard et crée un espace sûr d’expérimentation, où les expériences d’exil, de migration, d’isolement, de maladie ou de rupture peuvent être traversées sans exigence de mise en récit ou de confession.
Dans une période de l’année marquée par l’isolement social, en particulier pour les personnes migrantes et réfugiées, ces ateliers fonctionnent comme des espaces de rencontre, d’écoute et de partage. Plus que des temps de formation artistique, il s’agit de pratiques de soin collectif, de transmission de savoirs corporels et de construction d’une communauté temporaire.
Les ateliers renforcent la dimension publique du projet en transformant la méthode de création développée en exil en un outil accessible, capable de dialoguer avec des publics divers et d’élargir la circulation du projet au-delà de l’espace d’exposition.
Les pratiques de transmission de Revenir n’est pas un verbe ne se limitent pas à des ateliers corporels : elles deviennent un espace collectif de dialogue, de débat et d’action autour du VIH/sida, de la migration et des politiques publiques.
Durant tout le mois de décembre à La Fab, le projet propose une série d’événements ouverts au public : Tables rondes et débats réunissant artistes, chercheurs, associations et militants pour discuter de la situation actuelle du VIH/sida, des discriminations et des défis politiques contemporains ; Rencontres avec des associations locales, telles que AIDES, Act Up‑Paris, Actions Traitements, Séropotes Paris et Le Kiosque Infos Sida, qui travaillent au quotidien pour la prévention, l’accompagnement et la défense des personnes vivant avec le VIH.
Livre-dossier
La clé de la maison, je la garde où ? (édition française)
La clé de la maison, je la garde où ? naît déjà dans un contexte de refuge. Bien qu’imprimé au Brésil et publié en portugais, son origine n’est pas territoriale mais politique : il s’agit d’un livre produit depuis l’exil.
La première édition a été réalisée dans un tirage extrêmement réduit, avec seulement 24 exemplaires. Dès l’origine, le livre n’a pas été pensé comme un objet commercial, mais comme un dispositif de circulation, de partage et de préservation de la mémoire.
L’un des exemplaires est resté au Brésil avec une fonction spécifique : circuler comme une bibliothèque communautaire. Il n’y a aucune médiation de ce parcours. Celle ou celui qui lit transmet ensuite l’ouvrage, et ce sont les lecteur·rice·s eux-mêmes qui décident comment, quand et à qui le livre poursuivra sa route. La circulation devient ainsi une partie constitutive de l’œuvre.
D’autres exemplaires intègrent des collections publiques et privées. Un exemplaire a rejoint le fonds rare et spécial de la Bibliothèque Mário de Andrade, à São Paulo, et un autre se trouve à la Bibliothèque des Arts de l’Université d’État de Campinas (UNICAMP). Ces dépôts assurent la préservation institutionnelle du travail sans interrompre sa logique politique de circulation.
L’édition française propose une expansion du livre en tant que dossier documentaire. Il ne s’agit pas d’une simple traduction, mais d’une reconfiguration du projet pour un nouveau champ de transmission. En intégrant l’expérience du refuge, le livre articule écriture littéraire et performative avec archive brute. Il rassemble lettres, documents officiels, traces de censure, photographies, images, coupures de presse et matériaux divers, organisés de manière non linéaire. La lecture devient une expérience physique, fragmentée et active.
Dans cette nouvelle version, La clé de la maison, je la garde où ? s’affirme comme l’axe documentaire de Revenir n’est pas un verbe : une archive de survie conçue en exil, destinée à une circulation internationale au sein d’institutions culturelles, d’universités et de contextes de recherche consacrés à la migration, aux droits humains et aux arts.

résumé
Dispositif mobile – habiter le trajet
La 208 devient espace de vie, de travail, d’archive et de performance. Le véhicule n’est pas seulement un moyen de transport, il est un organisme vivant, un lieu de documentation continue, un outil de création et un espace de performance dans la ville. À l’intérieur, Dolores, la marionnette hybride créée avec le père de l’artiste en 2019, et le circo en miniatura transporté dans une valise, deviennent des outils de spectacle et de médiation, permettant d’engager le public dans une expérience sensorielle et politique.
Le trajet, lui-même, est un horizon conceptuel : il met en évidence les limites réelles de la liberté de circulation et transforme le déplacement en performance continue.
"Au moment où j’ai compris que je n’étais plus en sécurité dans mon propre pays, j’ai commencé à enregistrer. J’ai filmé les persécutions de l’État, les violences du cis-tème, la censure. Je documentais déjà ma propre urgence. Le témoignage devenait ma seule protection, la base même de ma création." Órion Lalli
rétrospective.
Exposition-performance
OUTLET $IDA + œuvres associées
OUTLET $IDA est une exposition-performance de longue durée, activée quotidiennement pendant le mois de décembre 2026. Conçue initialement pour la Galerie du Jour.
L’espace d’exposition est transformé en un supermarché fictif, inspiré des commerces populaires brésiliens. Les rayonnages présentent des produits symboliques liés au corps, au VIH, au contrôle médical, à la surveillance pharmaceutique et à l’économie de la survie.
Pendant toute la durée de l’exposition, l’artiste occupe l’espace en tant que travailleur-performeur.
L’installation-performance naît de l’urgence de questionner la marchandisation des corps et les systèmes qui façonnent, contrôlent et éliminent ces existences. L’artiste crée un outlet viral et itinérant, dans lequel son propre corps se transforme en vitrine et en marchandise.
Ce qui est exposé n’est pas seulement une série d’objets, mais des fragments intimes condensés dans des gestes quotidiens : se brosser les dents, prendre un comprimé, se changer, nettoyer les toilettes. Chaque action devient un produit. Chaque geste se transforme en acte de consommation.
Ce supermarché fonctionne comme une extension du corps de l’artiste et comme un miroir d’autres corps mis en vente chaque jour. Des corps négociés, rejetés, dévalorisés. Des corps en liquidation, sans droit de retour.
Entre rayonnages et étiquettes se matérialise la tension entre l’intime et le public. L’œuvre se construit comme une question incarnée : jusqu’où le système peut-il aller avant que le corps cesse d’exister comme corps pour n’opérer plus que comme produit jetable ?
La performance interroge la marchandisation des corps migrants, la spectacularisation de l’intimité et les régimes contemporains de visibilité et de contrôle du VIH.
La production d’un foulard exclusif en partenariat avec agnès b. est prévue.


99,99 EUR

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Órion LALLI

(1994, São Paulo, Brésil) est un·e artiste pluridisciplinaire, actuellement installé·e en France. Depuis 2005, sa recherche se concentre sur les intersections et influences entre danse-théâtre et performance art. Avec des œuvres présentées en Amérique latine et en Europe, il/elle développe une pratique qui articule corps, image, écriture et archives, opérant à la croisée des arts visuels, des arts scéniques et de l’audiovisuel.
En 2021, il/elle a participé au webinaire Speaking Truth to Power: Religious or Belief Minority Artists, Voice and Protest, organisé par l’Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights (OHCHR) en partenariat avec l’organisation danoise Freemuse. La même année, il/elle a pris part à la Safe Havens Conference, organisée par Safe Havens (SH|FT) et Freedom Talks.
Dans le domaine académique et de la recherche, il/elle a commencé ses études à la Faculdade de Comunicação, Artes e Design (FCAD) à São Paulo, avec le projet de recherche (Per)Forming – La quête du savoir corporel dans l’état de l’Être, à partir duquel il/elle a créé la Résidence Per(for)m Artistes, une rencontre mensuelle de partage artistique. Au Centro de Artes Cênicas Célia Helena, il/elle a développé la recherche Regard sur l’œil qui regarde le vide, proposant un spectacle destiné aux personnes non-voyantes, basé sur des légendes indigènes.


"Cette bière n'est pas une vraie bière, bien que cela soit peut-être compensé par le fait que ces cigares ne sont pas non plus de vrais cigares - mais votre passeport, ça doit être un passeport. Sinon, ils ne vous laisseront pas entrer."
Dialogues d’exilés, Bertolt Brecht
